L’itinérance ludique est l’une des rares pédagogies de la petite enfance à avoir été pensée spécifiquement par et pour les crèches. Conçue par Laurence Rameau, elle s’appuie sur les apports des grands courants pédagogiques et des neurosciences pour offrir aux tout-petits un environnement à la fois sécurisant et stimulant.
L’itinérance ludique, une pédagogie pensée pour les crèches
L’itinérance ludique a été développée par Laurence Rameau, infirmière-puéricultrice de formation, ancienne directrice de crèche puis directrice d’un service petite enfance, aujourd’hui formatrice, conférencière et autrice de nombreux ouvrages spécialisés. Diplômée d’une maîtrise en sciences de l’éducation et d’un DESS en sciences sociales, elle a élaboré cette approche en s’appuyant sur les enseignements des grands pédagogues (Pikler, Montessori, Pestalozzi, Freinet et d’autres), sur la théorie de l’attachement et sur les apports récents des neurosciences.
Sa singularité tient à son terrain d’origine. La plupart des grandes pédagogies historiques (Montessori, Pikler-Lóczy, Steiner) ont été développées dans d’autres contextes que celui de la crèche : pouponnières, écoles, structures spécifiques. L’itinérance ludique est, elle, conçue par des professionnels de la crèche, à partir de la réalité quotidienne d’un accueil collectif de jeunes enfants.
👉 Bon à savoir : Itinérance Ludique est une marque déposée. Les formateurs habilités à transmettre cette pédagogie interviennent sous licence et sont sélectionnés sur des critères stricts : plus de dix ans d’expérience auprès des jeunes enfants, expérience en crèche pratiquant l’itinérance ludique, formations universitaires ou de formateurs.
Les 4 principes fondamentaux de l’itinérance ludique
Selon le site officiel de la pédagogie, l’itinérance ludique s’articule autour de quatre grands principes complémentaires.
1. La libre circulation des enfants dans la crèche
Premier pilier : les enfants peuvent investir à tout moment l’ensemble des espaces et des univers ludiques proposés sur l’entièreté de la crèche. Concrètement, cela suppose de supprimer les barrières habituelles entre sections, de laisser les portes ouvertes et de penser la crèche comme une unité pédagogique unique. L’enfant choisit où il va, avec qui, et pour combien de temps.
2. La création d’univers ludiques
Les univers ludiques ne sont ni des “ateliers” ni de simples coins de jeu. Ce sont des espaces qui combinent à la fois des objets ludiques pensés et la présence d’un professionnel. Ils s’organisent à partir de différentes catégories de jeu, sur lesquelles nous reviendrons plus loin.
3. L’enfant auteur de son jeu
L’enfant n’est pas seulement acteur de son jeu, il en est l’inventeur. C’est lui qui décide ce qu’il fait avec les objets mis à sa disposition, qui invente ses propres scénarios et qui construit le sens de ce qu’il manipule. L’adulte ne dirige pas, ne propose pas de consigne, ne fixe pas d’objectif d’apprentissage.
4. L’accompagnement professionnel
Quatrième principe, parfois oublié dans les présentations rapides : l’accompagnement professionnel consiste à étayer les apprentissages de l’enfant sur le plan affectif, cognitif et relationnel. Le professionnel n’est ni en retrait ni dans la consigne, il est dans une présence active qui soutient l’expérience de l’enfant.
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Itinérance ludique et jeu libre : ne pas confondre
Le jeu libre et l’itinérance ludique partagent une racine commune : l’enfant joue sans règles imposées et choisit ses activités. Mais l’itinérance ludique ne se confond pas avec un simple jeu libre.
Dans beaucoup de crèches, la journée alterne entre temps de “jeu libre” et temps de “jeu dirigé”. L’itinérance ludique sort de cette alternance : on ne passe pas du laisser-faire au faire-faire, on est en permanence dans le “permettre de faire”. Mais permettre, comme le souligne Laurence Rameau, ce n’est pas tout laisser faire. C’est aménager un environnement, prévoir des univers ludiques pensés, garantir la présence d’un adulte qui observe et soutient. La pédagogie cherche aussi à éviter la sur-stimulation que peuvent générer des espaces saturés de petits coins thématiques (poupées, dinette, gommettes, voitures), au profit d’environnements plus ouverts et plus réinventables par l’enfant lui-même.
Les univers ludiques en pratique
Les univers ludiques se déclinent en six grandes catégories de jeu, qui couvrent les besoins fondamentaux du tout-petit :
- la motricité,
- l’imitation,
- l’expression,
- la construction,
- la sensorialité,
- la manipulation.
Concrètement, un univers ludique peut prendre la forme d’un espace de motricité avec rampes, plans inclinés et coussins, d’un espace de manipulation avec des bassines de graines et des ustensiles, d’un espace d’imitation reproduisant des éléments de la vie quotidienne, ou encore d’un espace sensoriel avec de la patouille, des matières à explorer et des cartons à transformer. Le matériel reste souvent volontairement simple, voire “neutre”, pour laisser le maximum de liberté inventive à l’enfant.
❓Le saviez-vous : dans une crèche pratiquant l’itinérance ludique, les enfants peuvent rester engagés bien plus longtemps qu’avec des activités dirigées classiques, parfois plusieurs heures sur un même type d’expérience. Cette concentration prolongée s’explique par le fait qu’ils choisissent eux-mêmes leur activité et la font évoluer à leur rythme.
Mettre en place l’itinérance ludique : ce que cela suppose
L’itinérance ludique est une pédagogie exigeante. Sa mise en pratique demande plusieurs ajustements concrets pour les équipes.
L’aménagement de l’espace passe par la suppression des cloisonnements habituels entre sections, l’ouverture permanente des portes et la conception de chaque pièce comme un univers ludique cohérent. Certains moments du quotidien restent toutefois ancrés dans des lieux fixes (sieste, repas, change), car ils servent de repères stables pour l’enfant.
L’organisation des équipes est tout aussi importante. Pour fonctionner, l’itinérance ludique suppose la présence permanente d’un adulte dans chaque univers actif, et la décision en équipe d’un programme d’ouverture et de fermeture des univers selon les effectifs présents. L’objectif est de garantir, à tout moment, au moins deux univers ouverts en simultané pour que l’enfant ait toujours un choix réel.
La posture professionnelle évolue elle aussi. Il s’agit d’observer, d’étayer, de mettre des mots sur les expériences de l’enfant, sans imposer ni faire à sa place. L’adulte devient une sorte de “port d’attache” : une présence rassurante qui permet à l’enfant de s’éloigner pour explorer, et de revenir lorsqu’il en a besoin.
👉 Bon à savoir : l’itinérance ludique ne se met pas en place en une réunion d’équipe. Elle suppose un travail collectif sur le projet pédagogique, sur l’aménagement des locaux, sur le mobilier et sur la posture de chaque professionnel. C’est un changement culturel autant qu’une réorganisation matérielle.
Se former pour appliquer l’itinérance ludique en crèche
Mettre en œuvre une pédagogie aussi structurée demande une connaissance solide du développement de l’enfant, des bases de la psychologie du tout-petit et des compétences professionnelles éprouvées. Chez Culture et Formation, nous formons chaque année de nombreux élèves aux métiers de la petite enfance grâce à notre préparation à distance au CAP AEPE, qui prépare notamment à l’épreuve EP2 “Exercer son activité en accueil collectif”, directement liée à la pratique en crèche.
Pour celles et ceux qui souhaitent élargir leur perspective, l’ensemble de nos formations à distance dans la petite enfance couvre différents métiers et publics : préparation au concours d’ATSEM, langue des signes pour bébé, et bien sûr le CAP AEPE. Ces formations apportent les bases indispensables pour ensuite se spécialiser, en formation continue, à une approche pédagogique précise comme l’itinérance ludique.
